Polémique sur les Roms : le nouveau point Godwin.

Share Button

The-Walking-Dead-Full-HD-WallpaperOu comment l’invasion (médiatique) des Roms vient heurter de plein fouet les valeurs qui sont les nôtres. Cécile Barateau nous livre une leçon de réalisme, à destination des « réalistes » croyant bien faire en tournant le dos à l’idéalisme.

Nombreux sont les socialistes qui ces derniers jours se sont dits « fatigués des petites phrases ». Les « petites phrases » de la semaine, ce sont celles qui condamnent les propos de Manuel Valls sur les Roms : soucieux de donner l’image d’un gouvernement uni et de soutenir le très populaire Ministre de l’Intérieur, ses défenseurs les ont jugées excessives, insupportables, angéliques, manquant de réalisme.

Difficile, même lorsque l’on est du même camp politique, de ne pas voir là la marque d’une mauvaise foi politique que l’on croyait jusqu’alors l’apanage de la droite sarkozienne. Car que reproche une bonne partie de la gauche à Manuel Valls, si ce n’est justement d’avoir usé d’une « petite phrase » à des fins purement politiciennes ?

Affirmer que « seule une minorité [des Roms] cherche à s’intégrer » tout en évoquant des « modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation [avec les nôtres] » constitue une stigmatisation de cette population. Puisqu’il n’est pas d’emblée évident pour tous que ceci est contraire aux valeurs d’égalité et d’humanisme historiquement défendues par la gauche et le parti socialiste, revenons quelques années en arrière : il est bon parfois, lorsque l’on est au pouvoir, de se remémorer les positions que l’on a pu défendre et les engagements que l’on a pris devant les Français.

Rappelons-nous donc notre réaction au discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Grenoble en 2010 et à la circulaire qui l’a suivi quelques semaines plus tard. A cette époque, les socialistes unanimes condamnaient des propos et une politique qui visaient à stigmatiser une population (les Roms, donc). A l’époque, François Hollande jugeait cette politique « à la fois immorale et illégale. Elle est immorale parce qu’une communauté est stigmatisée en tant que telle [et elle est] illégale parce que c’est une discrimination ».

Rappelons-nous également le discours du Bourget et cette profession de foi prononcée solennellement par le candidat socialiste devant les Français : « présider la République, c’est rassembler, c’est réconcilier, c’est unir, sans jamais rien perdre de la direction à suivre. C’est écarter la stigmatisation, la division, la suspicion ». Le rassemblement des Français devra-t-il se faire face à un ennemi commun ? Nous avons assez dénoncé cette tactique usée par Sarkozy, qui consiste à désigner un bouc-émissaire au bon peuple pour détourner son regard.

Alors bien sûr, certains rétorqueront aujourd’hui, que sur la question des Roms, au-delà des belles paroles, le principe de réalité doit s’imposer.

Ce principe de réalité quel est-il ? Que les Roms ne peuvent pas s’intégrer ? Si l’on parle uniquement de ceux qui sont visibles (c’est-à-dire ceux qui vivent dans des bidonvilles) c’est sans doute vrai, mais pas du fait d’un mode de vie incompatible avec les nôtres : les Roms sont sédentaires et ne sont pas spécialement désireux de rester dans la misère noire des bidonvilles. Si les Roms s’intègrent mal aujourd’hui, c’est parce qu’arrivés sur notre territoire dans un grand dénuement, ils rencontrent de trop nombreux obstacles à l’intégration : restrictions à l’embauche, refus illégal de scolarisation des enfants de la part de certains Maires, complications administratives qui les privent des rares aides d’urgence auxquels ils pourraient prétendre (type aide Médicale d’Etat)…

Confrontés à la pauvreté, les Roms sont contraints de développer des stratégies de survie qui ont peu à voir avec un choix délibéré de mode de vie : se regrouper dans des squats, sur des terrains plus ou moins abandonnés, vivre de la mendicité (qui n’est pas illégale, rappelons-le). Ils vivent donc dans des conditions sanitaires déplorables (parfois sans accès à l’eau), dangereuses pour leur santé et pour leur sécurité et celle de leurs voisins. Et comme toujours lorsqu’une communauté est maintenue en marge de la société dans une extrême précarité, la délinquance et parfois même des réseaux criminels se développent.

Mais le principe de réalité, c’est aussi rappeler que nombreux sont les Roms qui sont déjà intégrés dans la société française et que ceux qui vivent en bidonvilles ne sont en fait que 17.000, dont 4.300 enfants : faites le calcul, ça représente moins de 7.000 familles ! C’est reconnaître qu’il n’y a pas d’immigration massive des Roms vers la France : plus de 3 millions demeurent dans leurs pays d’origine et la France est le pays d’Europe qui en accueille le moins. Le principe de réalité, c’est admettre que si l’exaspération des Français grandit c’est aussi parce que les évacuations à répétition sans solution d’insertion ne font que déplacer les bidonvilles d’une commune sur l’autre. Le principe de réalité, c’est rappeler que ces Roms venus de Roumanie et de Bulgarie sont des citoyens européens, et qu’à ce titre ils ont le droit de circuler librement sur le territoire européen. Le principe de réalité, c’est enfin admettre que l’Etat et les communes françaises n’ont pas toujours soutenu l’action des associations engagées sur le terrain pour assurer à ces hommes, ces femmes et ces enfants des conditions de vie dignes, ce qui est pourtant notre responsabilité.

Cette complexité, aujourd’hui nul ne la nie : le maintien des bidonvilles n’est défendu par personne, et la nécessité de lutter contre les réseaux de délinquance fait évidemment consensus. La circulaire du 26 août cosignée par les Ministres Manuel Valls et Cécile Duflot, qui prévoit à la fois une grande fermeté dans l’exécution des évacuations décidées par la justice et d’autre part le recherche de solutions alternatives, est la preuve que notre gouvernement est capable de concevoir une politique humaniste mais non laxiste (ou elle le serait si elle était effectivement appliquée…).

Et c’est en cela que Manuel Valls et ses défenseurs font aujourd’hui preuve d’une véritable mauvaise foi puisqu’en taxant d’angélisme les voix qui se sont indignées, ils font semblant de ne pas comprendre la critique qui leur est faite : celle non pas de vouloir traiter la question des Roms avec réalisme et fermeté, mais de faire peser sur toute une population historiquement discriminée la responsabilité d’une situation au motif de sa supposée différence. De l’incompatibilité des modes de vie à la différence ethnique il n’y a qu’un pas…

La vérité, c’est que le Ministre de l’intérieur a préféré escamoter la complexité d’une situation derrière un raccourci sémantique, une « petite phrase » aux mots lourds de sens qui, l’espère-t-il, lui vaudra la faveur des Français.  Et c’est bien ce qu’on lui reproche : avoir voulu surfer sur l’opinion publique comme le faisait Sarkozy, au lieu de chercher à la gagner à notre cause ; avoir fait le jeu de la droite, qui grâce à cela a réussi à faire des Roms un thème central des municipales quand les enjeux de ce scrutin sont autrement plus divers et complexes ; avoir voulu remettre à l’oeuvre un stratagème politique déjà éprouvé par l’UMP et pourtant mis en échec par le FN ; avoir confondu principe de réalité et enjeu électoral.

Comme si mettre ses valeurs dans sa poche avait jamais aidé la gauche à gagner des élections.

 

 

Share Button

Par la Rédaction

Retrouvez tous ses articles

Réagir