Humeur du dimanche

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droit-travail2Sur toutes les ondes on n’entend plus parler que de lui, le travail du dimanche. Les méchants syndicats sont contre, alors que les pauvres salariés ne demandent qu’à profiter de leur dimanche pour travailler plus et gagner plus.

Depuis la loi de 2008 sur la démocratie sociale, pourtant, les syndicats ne sont considérés comme représentatifs, donc tout simplement existants, que s’ils recueillent un certain niveau de suffrages dans les entreprises. Et s’ils se trouvent en décalage avec les aspirations des salariés, ils sont balayés au scrutin suivant, et ce à tous les niveaux. Alors sauf à considérer que les syndicalistes sont tous devenus débiles et kamikazes, s’ils s’opposent à la généralisation du travail le dimanche, il doit bien y avoir une raison. Par exemple une pression à la base.

Il est donc invraisemblable que les médias se contentent d’interviewer quelques salariés qui veulent pouvoir travailler le dimanche pour gagner plus, sans jamais préciser la part des salariés de l’entreprise qu’ils représentent. C’est du poujadisme pur : la seule mesure qui existe de la position des salariés dans l’entreprise, ce sont les élections professionnelles, qui elles déterminent la représentativité des syndicats. Cela s’appelle juste la démocratie. Alors quand on veut savoir ce que pensent les salariés dans une entreprise, il faut interroger les syndicats représentatifs, c’est ainsi.

Chez les personnes interviewées, on trouve curieusement beaucoup de salariés émanant des DRH, et surtout des étudiants. Or on sait que les étudiants acceptent facilement des conditions de travail difficiles. C’est évident : ils n’ont pas d’avenir dans l’entreprise, veulent simplement financer leurs études, sont en pleine forme, sans charges de famille, et sont prêts à tout pour gagner le plus possible en un record de temps. On remarquera qu’on ne voit pas beaucoup de mères et  de pères de famille parmi les personnes interrogées. Pourtant il y en a plein ces entreprises, comme c’est bizarre. Et ce sont ces deniers qui votent aux élections professionnelles, plus que les étudiants qui s’en moquent pas mal et ne remplissent souvent pas les conditions d’ancienneté pour voter.

En tout état de cause, l’argument du volontariat n’a aucun sens. Tout simplement parce qu’une fois le travail le dimanche autorisé, le volontariat est par hypothèse invérifiable. En condensé, voilà ce que ça donne :

 »  – Bonjour Madame , vous voulez travailler dans mon entreprise ?
– Oui, j’aimerais bien.
– D’accord, seulement il faudra travailler le dimanche, mais que si vous êtes volontaire… Vous signez ?
– Bon bah d’accord alors. »

Hilarant, non ?

Ensuite, on n’est pas toujours mieux payé quand on travaille le dimanche. Le postulat est faux. Sans rentrer dans le détail de la loi bancale et incohérente votée par la majorité précédente, disons, pour faire simple, que le salaire est majoré quand le recours au travail le dimanche reste exceptionnel, mais pas quand il est systématiquement autorisé.  Dans les cas (nombreux) de dérogation permanente, le salaire relève des accords d’entreprise, sans majoration particulière le dimanche. Et ces accords sont souvent mauvais pour les salariés. Donc précisément, si on fait rentrer ces entreprises dans le cadre des dérogations permanentes, on mettra fin à la majoration. Ainsi, l’argument « pouvoir d’achat » n’aura pas de sens longtemps une fois le travail le dimanche banalisé.

Enfin, rappelons que juste derrière le débat sur le travail le dimanche, il y a celui sur le travail de nuit. Les grandes enseignes sur les Champs-Elysées (les Sephora et autres Marionnaud), le travail le dimanche elles l’ont déjà obtenu depuis longtemps ; ce qu’elles veulent, c’est être autorisées à faire travailler la nuit. Il est vrai qu’il semble indispensable de pouvoir acheter des cosmétiques à 3 heures du matin. Et là, il faudrait ressortir les statistiques terrifiantes sur la chute d’espérance de vie pour les salariés qui ont travaillé plus de dix ans dans leur vie de nuit. Bref, vive le progrès !

Et il faudrait ouvrir ces dossiers un pistolet sur la tempe, avec des grandes entreprises qui violent ouvertement le loi pour faire pression sur le politique ? Alors, sans risquer d’être aussi démago que nos adversaires, on se contentera de rappeler que lorsqu’on a interdit le travail des enfants, beaucoup d’entre eux, comme leurs parents, résistaient et demandaient qu’on les laisse travailler.

Comme dirait l’autre : jusqu’où s’arrêteront-ils ?

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Par Etienne Colin

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