En 2012, on vote pas pute

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Pour une bonne année, en mai, on couche avec un inconnu

En 2012, le vent de la révolte ne traversera ni la Méditerranée, ni la Loire

 

La commodité pour cet obligé papier de début d’année eût été de s’émerveiller sur l’année 2011 qui commença par un coucou de Ben Ali se cassant chez son pote progressiste d’Arabie Saoudite, laissant là son petit peuple à sa démocratie nouvelle, puis d’espérer, dans une démonstration optimiste et lumineuse, que le brûlant souffle des sables traverse en 2012 la Méditerranée, voire mieux, la Loire, jusqu’à Paris, par une sorte d’effet historico-météorologique du réveil des peuples.

Dans une telle démonstration, je vous aurais monté en sauce les révolutions arabes pour les mettre dans un menu d’indignés de Wall Street avant un dessert moscovite fait de manifestations contre Poutine. Un zest de Grecs aussi dépouillés qu’énervés, d’Espagnols Puerta del Sol, et hop, je concluais sur l’espoir de voir les choses changer en 2012, dans une France hesselienne retrouvée avec elle-même, dégoulinante de « Care » et de nostalgie pour une époque où la gauche au pouvoir ne raccompagnait aucun étranger à la frontière ni ne privatisait aucun bien public (non, je déconne).

Giulia à la présidence l’Union des Crèches de la Défense ?

 

Pour tout changement, la bienveillance de ce moment de vœux me conduit juste à vouloir libérer le papa de Giulia de ses obligations pour qu’il se consacre à sa tardive paternité et n’ai pas l’idée de bombarder sa fille à la présidence l’Établissement Public d’Administration des Crèches de la Défense, car c’est bien connu, le second mandat est celui où tout est permis, aucun souci de réélection n’empêchant l’action. Effleurez l’idée d’un Sarkozy sans retenue, c’est bon vous l’avez bien en tête l’image ?, avouez que le spectacle est une promesse en soi.

 

Cependant, quelque soit l’issue du scrutin du 6 mai prochain, qui prend de plus en plus la tangente d’un nouveau référendum anti-Le Pen (la seule famille française qui aura réussi à mobiliser deux référendums sur son nom si jamais la fille égale le père, ce qui est très fort), on peut douter que le pays sorte d’un coup de baguette magique des eaux vaseuses de l’endettement, du chômage de masse, du déficit commercial ou de la faillite de l’école.

 

Bref, François Hollande ou Nicolas Sarkozy ne nous rendront pas ces merveilles oubliées que le Conseil National de Résistance avait programmé pour les siècles et les siècles de progrès qui s’ouvraient après l’ouverture des camps de concentration. Le progrès social, c’est du passé, mettez-vous bien ça dans le crâne. Le progrès démocratique aussi. L’Europe est arrivée au terme du rêve technocratique, super État d’experts camés à l’idéologie du libéralisme le plus désuet, maniant le destin des nations comme autant de marionnettes débiles priées de de marcher au pas de l’autoritarisme Allemand. Et pour ceux qui ne fileraient pas droit, hop, un super cadre expert de Goldmann Sachs vous sera envoyé pour diriger un gouvernement d’union nationale avec un pouvoir aussi étendu qu’une commission de surendettement de la Banque de France. Après tout, pourquoi pas, Monti n’a pas fait couler Venise ni Papadémos brûler le Parthénon, n’ayons aucune crainte pour les châteaux de la Loire.

 

Enlevons le haut pour séduire les Pays-Bas

 

Mais ce n’est pas parce que le château de Chambord restera debout que François Hollande est en mesure de se glisser dans les habits de François 1er, même si après son régime Dukan il mérite une meilleure note que son adversaire grillé par cinq années trop brouillonnes, ce qui serait de bonne augure pour notre triple A, à moins que je n’ai rien compris au film (1).

 

En effet, le fameux « rêve français » de François Hollande semble de plus en plus se limiter au rêve très personnel de diriger les français, ce qui est un peu court mais correspond en définitive assez bien à la conversion des élites de la gauche de ce pays à l’hédonisme libéral. Personne ne peut lui reprocher d’être ce qu’il a célébré toute sa vie : l’incarnation du compromis entre démocrates chrétiens et sociaux-démocrates sur lequel le supermarché européen a été construit.

 

Comme nous n’avons que lui de « crédible » sous la main pour remplacer l’actuel chef de l’État, on espère qu’en 2012 un pays amis sera honoré qu’on se choisisse un président qui porte son nom, un peu comme si Marianne enlevait le haut pour séduire les Pays-Bas, ce qui serait plus honorable que d’enlever le bas par respect pour Maastricht, comme le fit Sarkozy en 2011 par crainte de Merkel. Et puis les tulipes ont toujours fait de jolis bouquets avec les roses.

 

J’admets volontiers que tout cela manque d’enthousiasme mais admettez avec moi que nos impétrants ont au moins le mérite de ne pas chercher à nous mentir sur le coup-là. Ils ont acté leur impuissance à bouleverser le monde depuis quelque-temps déjà, oubliant la mise en garde de Roosevelt : « être gouverné par l’argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé ». Cette élection nous condamne déjà à une confrontation idéologique se situant « à l’intérieur du seul parti bleu » comme dirait Michéa.

 

A défaut d’être réaliste et d’exiger l’impossible, ne soyons pas pute avec la gauche et sautons (dans) l’inconnu

 

Sommes-nous donc priés de trancher entre les desperados des deux camps qui se signalent par le lyrisme enjoué qu’ils mettent dans leurs rêves ? Travaux de rééducations pour les feignasses congénitales bénéficiaires des minimas sociaux ou mariage homo avec adoption à la clef, selon qu’on soit de droite ou de gauche ? Bref, de choisir entre le superflu de droite ou le superflu de gauche, quitte à être perturbé quand ils se rejoignent avec Roselyne Bachelot (autre méritante du régime Dukan) désirant enlever la case Mademoiselle des formulaires administratifs sous la pression d’une campagne « féministe » (lol) menée par l’association OLF (de gauche lol) qui n’en finit plus de surfer sur la vague de sperme de DSK ?

 

Malheureusement, la campagne balbutiante annonce un superflu dominant largement les deux hémisphères, laissant au nécessaire la partie congrue de notre choix. 2011 fut pourtant marquée par le grand retour du « protectionnisme » dans le débat public. Ce come back de la frontière, qui vient séparer bien plus nettement le paysage politique que la rigueur tatouée avec des poils de Sarko contre la rigueur douce et pleine de pommade de Hollande, est plébiscité par les enquêtes d’opinion afférentes. Seulement, passé le conglomérat montebourgeo-dupont-aignanto-mélenchono-chevênementiste (dont je fais partie) du souverainisme républicain, les gens sérieux qui entourent Hollande ne veulent pas en entendre parler. Au mieux ils le noient dans le « juste échange », concept aussi dépassé que la fable du commerce vertueux pour la démocratie dont il est issu.

 

Voter pour la tranche superflue à l’intérieur du « parti bleu » ? Je suis à deux doigts de vous dire que seul le vote blanc sera révolutionnaire en 2012, mais ce serait oublier l’essentiel, la promesse poétique de la démocratie, ce qu’il y a de sensuel, de sexuel dans l’expression du suffrage : l’inconnu. Oui, ce grand saut vers l’inconnu qui pousse un peuple tout entier à s’offrir à un seul homme (la variable un peu salope de la définition de l’élection du président dans la cinquième République). Car la vie démocratique, c’est un peu comme la vie de couple. Quand c’est pourri sous la couette, tout le reste est à l’avenant. Et qui a envie de passer cinq années supplémentaires sous la couette avec Sarkozy ? Souvenez-vous les câlins de Woerth et Bettencourt et les saillies viriles d’Hortefeux et de Guéant, c’était pas bien ragoûtant tout ça.

 

Alors, c’est vrai, dans le registre coquin, Hollande n’a pas un tempérament ni un physique et encore moins une ligne politique qui permet d’espérer la lune, comme le confirme sa tribune dans Libé ce jour, mais parfois l’eau qui dort réserve de belles surprises… et personne ne l’a encore essayé, du moins à cette échelle. Donc, à défaut d’être réaliste et d’exiger l’impossible, ne soyons pas pute avec la gauche et sautons (dans) l’inconnu.

 

(1) le nutritionniste Dukan propose dans une « lettre au futur président » de positiver la note des minces au Bac, pour ceux qui auraient raté un épisode

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Par Renaud Chenu

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