Notre toute primaire fois

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Quel que soit le vainqueur des primaires citoyennes dimanche, la gauche ne sera ni molle ni forte, ni superbe ni moribonde. Le PS et le PRG seront associés pour porter une candidature dont la mission première sera d’être politique, car c’est bien là que le bât blesse quoiqu’enthousiasmante ait été la mobilisation citoyenne autour de l’original et inédit exercice des primaires.

La France n’a pas besoin d’être sauvée, elle sera encore là dans cent ans, rassurez-vous. La gauche non plus, laissons la providence au Vatican. C’est la politique que nous devons rétablir.

L’impuissance des gouvernements de France et d’ailleurs dont le seul horizon est de chercher à ne pas se faire humilier par les moulinettes des agences de notation en dit long sur la capacité des mandants du peuple à exercer leur magistère sur le réel. Qu’ils soient de gauche ou de droite, les impétrants de tous bords partagent une responsabilité commune dans l’abandon progressif de la capacité des États à engager des politiques publiques qui ne soient pas qu’un simple accompagnement des bourrasques financières, bancaires et autres éclatements de bulles ou découvertes de cadavres toxiques dans je ne sais quelle morgue paradisiaque où, dit-on, l’argent de tous joue à cache-cache avec les agents des impôts du monde entier pour le bénéfice de quelques-uns.

A Parti Pris, qu’on ait voté Aubry ou Montebourg dimanche dernier, c’était dans un même mouvement de salut public. Nous ne croyons pas qu’une élection se gagne plus à droite qu’à gauche ou même au centre : elle se gagne au peuple. Nous ne croyons pas non plus qu’en soulignant les vertus nouvelles des uns on fera notre affaire des vices avérés des autres. Ce que chacun fit hier comporte son lot de misères et de réussites. Nous n’avons eu de cesse ces sept dernières années de rappeler qu’être de gauche n’est pas seulement un concours de beauté entre « bons gestionnaires », « crédibles » et « réalistes », conscients des « contraintes de la mondialisation », mais que c’est surtout prendre le parti idéologique du peuple contre l’idée simpliste et autoritaire qu’il n’y aurait qu’une voie possible pour l’humanité : la gloutonnerie capitaliste.

 

« Idéologie » et « peuple », association grossière de mots que les partisans de la modernité tentent depuis le triomphe du reagnisme de reléguer dans les poubelles de l’histoire, à gauche comme à droite. Et pourtant, c’est bien ces peuples rebelles qui cherchent partout une alternative démocratique au démantèlement des États et à l’appauvrissement des sociétés ordonnés par l’arbitraire libéral qui plaça la dette en tutelle mortifère des nations. On ne redonnera le pouvoir aux peuples qu’en redonnant le pouvoir à la politique. Si demain, une majorité de français missionne la gauche pour conduire le bateau ivre de l’État, sa main devra être d’une fermeté en diable pour faire déguerpir toutes les petites mains invisibles qui ont mis la politique à poil. On ne pourra se contenter d’aller négocier à Berlin deux ou trois arrangements régulateurs pour mettre de la justice dans la grande bouffe des échanges mondiaux. Toutes les puissances d’aujourd’hui et de demain retrouvent le chemin du protectionnisme pour préparer les compétions du futur.

 

Il faudra que la France mette le continent au pied du mur pour le sauver de la folie de ses commissaires à la concurrence et de l’aveuglement de la BCE qui ont mené l’Europe dans l’impasse historique où elle se trouve, célébrée par les ravis de la crèche européenne de tous pays et tous partis depuis des lustres. Il faudra que la politique mette au pas ceux qui la rendent impuissante, bref, reprenne le pouvoir de conduire les affaires de la nation sans être tétanisée par le souffle glacial de la spéculation dans son cou. Ne croyons pas que ce sera facile ni même simple. Le moment sera d’une violence rare, mais n’est-ce pas là le chemin obligé que la période nous impose de prendre : celui d’une révolution qui redonne à souveraineté populaire tout son sens ?

 

A celle ou celui qui remportera la majorité des suffrages dimanche soir, il ne s’agira pas de se mettre dans les habits d’un roi nu pour remporter la présidentielle. Il lui faudra prouver que le pouvoir politique peut ordonner autre chose que le partage de la dette et le renoncement face au déclin. Si nous voulons que cette présidentielle soit utile au pays, n’en faisons pas « le rendez-vous d’un homme avec le peuple », mais le rendez-vous du peuple avec sa souveraineté retrouvée, dans l’enthousiasme et l’excitation de notre toute primaire fois.

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Par Renaud Chenu

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