L’imperium des parasites

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danaides« La fortune ne devrait être possédée que par les gens d’esprit : autrement, elle représente un danger public… » Nietzche


Il est curieux, ce déploiement majestueux du pouvoir de la finance… Tyran sans visage semblant venir de nulle part, dictant souverainement sa loi à toute chose. Mais qui est-il et qui sert-il ? Sauver l’euro, la finance mondiale, les banques… Donnez lui le prénom que vous voudrez, quel est véritablement son nom ? On sauve qui, quoi et pour quoi faire, surtout ? La sophistication extrême de la finance l’a rendue incompréhensible pour la quasi-totalité des humains, donc profondément antidémocratique. Il vient d’où et il est à qui cet argent, en quantité ahurissante, qui vient alimenter le tonneau des Danaïdes de la dette des États ? Troublante menace qu’on ne peut désigner du doigt, ces insaisissables « marchés ». Ils « s’effondrent » et « rebondissent », sont tantôt « en forme » puis « démoralisés », quand il leur prend d’être anthropomorphes.

 

 

Mais non, je déconne. Ce n’est ni curieux, ni troublant, et absolument pas sophistiqué. Bien au contraire, tout ceci est d’une incroyable vulgarité. C’est même dégoûtant. La crise de la dette n’est rien d’autre que de la goinfrerie capitaliste bas de gamme. Et tant pis si dans la fringale, des modèles sociaux déjà fragiles doivent y passer. États rapiécés, peuples humiliés, chefs de gouvernement sommés d’obéir comme des troufions de seconde classe… Nous en sommes là. Nos Grands Dirigeants de nos Grandes Démocraties organisant nos Grandes Nations semblent ravis dans leurs costumes d’Ève. L’été 2011 restera celui de la farandole des rois nus, sautillant au fouet de ces diablesses sado-masos qui les tiennent enchaînés : les agences de notation. On a les maîtresses qu’on se choisit et les pratiques qu’on assume, hein. Mais pourquoi alors dépenser tant d’énergie à séduire le peuple si c’est pour s’encanailler dans pareille perversion ? Il est où le plaisir, à jouer la petite chose dominée, à quatre pattes sous la botte du Capital ? Quand on a dit oui une fois…

 

Et voilà comment nous entrons dans l’âge nouveau du capitalisme, sorte d‘imperium des parasites, à rapprocher du deuxième âge de l’aristocratie selon Chateaubriand : « L’aristocratie a trois âges successifs : l’âge des supériorités, l’âge des privilèges et l’âge des vanités. Sortie du premier, elle dégénère dans le second et s’éteint dans le dernier ». Il n’aura fallut que quelques années, à la faveur de la crise financière, pour inventer le « problème de la dette », prétexte d’un coup de force politique mondial de la rente, ne produisant rien, vautrée dans le rapt et tenant dans sa main les États. Ils cracheront toujours au bassinet… Ils ne font jamais faillite, les États, contrairement à ce que les légendes alarmistes colportent. Un État, quoiqu’il arrive, ça reste (sinon la Pologne de temps en temps…). Dans un monde a-historique, ce schéma est éternel. Les dirigeants font des dettes, les travailleurs et les entrepreneurs turbinent, les parasites s’engraissent jusqu’à la fin des temps… Mais l’histoire a toujours eu le don d’aimer les complications. Et la variable du peuple énervé comme celle de la nation orgueilleuse et puissante se foutent un peu des taux d’intérêts, parfois.

 

Cette crise ne durera qu’un temps. Quand les États-Unis n’auront plus les moyens de s’endetter auprès de leur principal banquier, la Chine, qui préfère acheter de la dette américaine remboursée par le prolo obèse plutôt que d’augmenter les salaires de ses prolos faméliques (en révolte permanente…), il se passera quoi ? Vous croyez que c’est dans le tempérament américain d’aller à Pékin via Canossa ? Il y aura un bras de fer serré au sein du condominium qui est appelé à dominer le monde… et celui qui aura raison sera celui qui aura la plus grosse armée, qu’elle soit ou non financée par des dettes. Le marché a cela de rassurant qu’il est devenu très prévisible à long terme : il règle toujours ses conneries de la même manière. Par la force.

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Par Renaud Chenu

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