« L’affaire » ou la cinquième république métabolisée

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république gaulienneLa semaine dernière, la France a découvert la séparation des pouvoirs (pourtant Montesquieu n’était pas Persan), la garde à vue (pourtant près d’un million de français y goûtent chaque année), l’adjectif  »présumé » et le substantif  »présomption », le métier de journaliste qui consiste souvent à parler et écrire pour décrire le mouvement de la terre qui tourne sans avoir la moindre notion de la théorie de la gravitation (l’info ne dort jamais surtout quand l’info est invérifiable), le sexisme ordinaire.

 

La semaine dernière, on s’est rendu compte à quel point la société française avait métabolisé les institutions de la cinquième république. Un seul des aspirants au poste de despote éclairé que nous sommes appelés à renouveler tous les cinq ans se retrouve pris dans la tourmente et c’est toute la vie politique qui est suspendue, badaboum, l’événement opéra une fascination comparable à la chute des Twin Towers.

 

Les prochaines semaines, on découvrira la violence inouïe de la procédure qui va s’abattre sur la présumée victime. Personne n’est préparé à la pression effroyable qui va s’abattre sur elle. On va aussi redécouvrir la guerre en Lybie, les massacres en Syrie, l’inextricable  »processus de paix » entre Israël et Palestine, la catastrophe de Fukushima, nos piou pious qui meurent pour rien en Afghanistan, les conséquences écologiques du  »barrage des trois gorges » en Chine, la tentation totalitaire de Facebook, l’essoufflement (temporaire?) du vent de révolte méditerranéen, son exportation en Europe et d’autres choses considérables encore.

 

Les prochains mois, nous constaterons avec de plus en plus de certitude que l’Euro est devenu par la force des choses le bras armé d’une Allemagne à l’impérialisme posthéroïque plan plan qui peut tranquillement tailler des croupières à ses partenaires surendettés grâce à cette monnaie qui n’est sous-évaluée que pour son économie tandis qu’elle est trop forte pour toutes les autres. Les prochaines années, si l’Europe ne sort pas de ses contradictions internes, nous observerons le recul progressif de l’influence de notre pays dans le  »le concert des nations » et sa voix devenir très secondaire dans un monde géré par un condominium sino-américain.

 

Si les tendances lourdes du présent ne dévient pas, la littérature américaine et nord-européenne supplantera les autres, les robots s’inviteront dans nos espaces de vie, la médecine progressera de manière spectaculaire mais une part de plus en plus réduite de la population mondiale profitera de ses progrès, les conflits de basse intensité augmenteront en nombre, l’islamisme reculera dans l’aire arabo-musulmane, le national-populisme deviendra une force politique majeure en Europe et aux États-Unis, les organisations issues de la société civile prendront de plus en plus de poids pour devenir les contre-pouvoirs des multinationales tout en étant leur supplément d’âme dans un monde ou le politique reculera. En fait, rien ne se passera vraiment comme ça, sauf pour les robots car il n’y a que Jacques Attali qui prend au sérieux Jacques Attali.

 

Quoiqu’il advienne du futur, ce que nous devons retenir de cette affaire pour éviter qu’il ne nous surprenne trop, c’est qu’il est infiniment absurde de verser dans la prestidigitation médiatique cherchant à imposer à chaque élection un homme providentiel à la gauche, que le processus des primaires n’est qu’un nouveau renoncement face aux ressorts puissants du bonapartisme de nos institutions et que la gauche a tout à perdre à suivre une vieille garde bien-pensante qui a exprimé la semaine dernière un insoutenable mépris des femmes et des humbles (Beaumarchais, reviens!).

 

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Par Renaud Chenu

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