Penser les suites de Fukushima

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De nombreux citoyens, des esprits éclairés, rationnels, se révoltent aujourd’hui après le drame de Fukushima, s’écriant qu’il faut sortir du nucléaire, parce que c’est trop risqué, parce qu’il apparaît aujourd’hui clairement que ce risque n’est pas maîtrisé, contrairement à ce que « l’on nous disait », contrairement à ce que « l’on nous faisait croire ».

 

Mais d’où venait cette confiance aveugle dans le nucléaire ? Le paradoxe est que plus personne, dans le milieu nucléaire, depuis au moins Tchernobyl (plus vraisemblablement le véritable tournant a-t-il été l’accident de Three Miles Island) n’oserait prétendre que le nucléaire est sans risques. Aucun ingénieur connaissant le nucléaire ne peut affirmer depuis longtemps déjà que l’on ferait du nucléaire pour le plaisir, l’esprit léger, à part peut être quelques illuminés.

 

 

D’où vient donc ce paradoxe, que le citoyen éclairé se reposait tranquillement sur des experts, experts qui eux mêmes ont conscience des risques ? Les experts ont-ils tenu un discours qui dénaturait leur pensée ? Comment parler du risque ? Peut-on en avoir une perception commune ? Les citoyens qui, jusqu’à présent, s’avéraient plutôt en faveur du nucléaire l’étaient-ils en ayant bien conscience que le risque zéro n’existe pas, ou se sont-ils laissés aller à croire que, finalement, le risque allait toujours pouvoir être évité ? Pas facile de vivre, en effet, si l’on devait toujours se poser la question des risques que l’on encourt…

Car connaissons-nous, une technologie, une seule, une activité humaine, dont le risque serait exclu ? Dès qu’un homme se mêle de quelque chose, le risque existe. Et s’il ne se mêle de rien, d’ailleurs, c’est pareil ! D’un point de vue philosophique le risque est intrinsèque à la nature, à la physique, et la non-prévisibilité-absolue des phénomènes réels (quelque soit le phénomène) est pour ainsi dire le socle même de notre existence. Connaissons-nous un pont dont nous pourrions dire qu’il ne s’effondrera jamais ? Une passerelle ? Un barrage ? L’immeuble même dans lequel vous habitez, s’il y a un tremblement de terre à Paris, ou ne serait-ce qu’une explosion de conduite de gaz ?

Tout ingénieur digne de ce nom sait ce qu’est le risque, et sait au plus profond de lui-même qu’il est impossible à éviter absolument. Scientifiquement et philosophiquement parlant, le risque zéro est une absurdité.

Néanmoins, les hommes cherchent à limiter le risque. Et y parviennent partiellement. Les immeubles haussmanniens tiennent depuis presque 150 ans. Toutes les usines chimiques ne détruisent pas tout leur environnement comme à Bhopal. Les navettes spatiales et fusées n’explosent que quelques fois sur cent. Les avions encore moins. Vos voitures tiennent à peu près la route, suffisamment en tout cas pour que vous acceptiez de les conduire. Vos téléphones, eux, sont beaucoup moins chers, et buggent tout le temps, et vous vous en foutez car vous préférez un truc sexy pas trop cher qui marche dès fois, plutôt que quelque chose qui marcherait tout le temps et coûterait dix fois plus cher. En y mettant le prix, donc, les hommes parviennent à faire quelques trucs extrêmement compliqués à réussir, et pas trop mal. Le spatial et le nucléaire sont probablement les deux domaines, avec le gros génie civil (barrages, ponts), et peut-être la médecine, où les hommes parviennent à maîtriser, la plupart du temps, des phénomènes particulièrement dangereux et/ou complexes, instables.

 

Et néanmoins, de temps en temps, ça part en vrille, parce qu’on ne peut pas tout prévoir, ou qu’on a été indolent, paresseux, et qu’on a oublié ou négligé un scénario. Le Concorde est tombé après avoir roulé sur une règle métallique. Tchernobyl a explosé parce qu’un ingénieur au cours d’un exercice de sécurité n’a pas obéi aux consignes car il les trouvait risquées… et a pris une initiative qui en fait était exactement ce qu’il ne fallait pas faire dans cette situation là. Pourquoi, alors que la centrale a tenu à un séisme de niveau 9, que les barres de contrôle sont tombées, que donc tout le plus « difficile » a tenu le coup, a-t-il fallu que de simples groupes électrogènes diesel n’aient pas été protégés du tsunami pour gentiment continuer à faire circuler l’eau dans la centrale ? On comprendra un jour… Mais souvenons-nous que si un simple mur ou deux avaient protégé les groupes diesel en question de l’inondation, ils se seraient alors déclenchés normalement, et on aurait eu un petit interligne dans les journaux, suite à la catastrophe humaine du tremblement de terre et du tsunami, notant comme en passant que « les centrales se sont arrêtées en urgence conformément à la procédure, ce qui valide la qualité de la sécurité à la japonaise car c’était tout de même un séisme de niveau 9 suivi d’un tsunami historique. Fukushima est donc à l’arrêt, mais la société TEPCO promet de faire tout son possible pour accélérer les procédures de contrôle suite au séisme afin de pouvoir redémarrer dans les plus brefs délais les centrales nucléaires dont on a tant besoin afin d’assurer l’alimentation électrique de la région, alimentation électrique cruciale pour la bonne organisation des secours aux victimes et la reconstruction ». Ou quelque chose du même genre…

 

Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Malgré la qualité des ingénieurs japonais, ni meilleurs ni moins bons que les autres, les groupes diesel ont été noyés, ils n’ont pas démarré. Le risque, qui a toujours existé, s’est concrétisé à Fukushima. Et l’on ne sait pas encore aujourd’hui quelles en seront toutes les conséquences car des hommes luttent encore, jour et nuit, pour éviter que la situation, de terrible qu’elle est, ne devienne pire encore.

Ce rappel sur le risque est essentiel, il conditionne la suite du raisonnement. Peut-on raisonnablement accepter l’argument « sortir du nucléaire parce que c’est risqué ». Non. C’est risqué et tout le monde le sait. La maîtrise absolue est l’Hubris, dénoncé par les grecs anciens il y a plus de deux millénaires. Cela inquiète que de grands esprits de gauche, qui plus est républicains, et luttant pied à pied depuis des années pour redorer le blason de la démocratie et de la rationalité des citoyens face aux « experts », paraissent découvrent aujourd’hui, qu’au fond d’eux mêmes, ils faisaient une confiance absolue à des experts pour assurer un risque zéro sur le nucléaire, risque zéro que les mêmes experts ne revendiquent plus depuis longtemps (bien qu’ils l’aient revendiqué dans les années 50 à 70, ou plus exactement qu’ils aient donné le sentiment qu’ils le revendiquaient, à une époque où le dogme dominant était celui de la confiance dans la science et surtout dans l’idée que même s’il y avait des risques, on ne progressait pas sans casser des oeufs et que les progrès technologiques promettant un avenir meilleur ce n’était au final pas si grave s’il y avait quelques accidents sur le parcours).

Évidemment, on entend encore le discours : tout a été étudié, le risque est maîtrisé, etc. Mais ce discours ne vient généralement pas du CEA, ou d’Areva ou d’EDF, ou de l’IRSN. Pas des experts. Il vient de Sarkozy par exemple, mais pas seulement, de politiques de droite ou de gauche qui se laissent aller à des discours approximatifs, indignes de l’honnêteté qui sied normalement à tout responsable républicain. Et évidemment aussi, on entend encore que « nos centrales sont sures, que la sécurité est la priorité, etc. », mais ce qui veut dire que on n’est tout de même pas avec le nucléaire dans une technologie aussi peu maîtrisée que les PC qui font « error#404 » à tout bout de champ, et qu’au final en France depuis 50 ans on n’a pas eu d’accident grave ce qui est quand même un résultat notable face à la complexité de la technologie, dans un univers où la loi fondamentale de la physique est que toute merde finit toujours par arriver un jour ou l’autre, mais que si on est bon elle n’arrive pas tout de suite

 

La communication grand public est difficile à gérer pour un ingénieur. Surtout si l’on n’a que vingt secondes pour s’exprimer. Surtout si les médias ne comprennent rien à la technologie, et veulent des réponses binaires à des questions idiotes du type « sûr ou pas sûr » ? Et les débats contre des militants motivés (on l’a vécu aussi récemment sur les nanotechnologies) n’est pas le lieu idéal pour essayer de tenir un discours rationnel, mesuré et attentif aux termes employés. On dit alors « sûr », parce que l’on pense que si l’on dit « pas sûr », le camp d’en face va dire « ah ah, on vous l’avais bien dit ». On dit « sûr » comme on pense « sûr » quand on monte dans sa voiture le matin, ou quand on monte dans un avion pour partir en vacances, alors qu’évidemment la voiture, ou l’avion, n’est pas sûre à 100% et peut nous envoyer ad patres…

L’opposition au nucléaire, comme déception de la découverte que les experts et technologues ne peuvent pas assurer un nucléaire sans risque, suppose qu’on y ait cru, ce qui est une profonde erreur, de la même nature qu’un libéral qui deviendrait opposé au marché financier en découvrant que les financiers ne maîtrisent en fait à tous les coups l’équilibre de leur système financier… Une sorte de réaction d’amoureux déçu. Comment, ces experts, à qui je faisais confiance, mais ils m’ont trahi !

 

Il faudrait pouvoir vivre, et faire des choix, en ayant une pleine et entière conscience et compréhension du risque. Ne faire entière confiance à aucune technologie, à aucun expert. Mais vivre quand même, en faisant des choix, en les faisant personnellement pour ce qui concerne notre vie individuelle, et démocratiquement pour ce qui nous concerne tous, comme le nucléaire.

La vraie question, celle à laquelle il convient que la démocratie française donne une véritable réponse, est donc la suivante : le niveau de risque (qui ne peut pas être nul) est-il acceptable ? Au regard des services rendus par la technologie, et au regard des alternatives disponibles ? Oui ou non ?

Dans l’intitulé de cette question, tous les termes sont positionnés dans une histoire et peuvent évoluer dans le temps, ce qui la rend particulièrement complexe.

Le niveau de risque…

Le niveau de risque peut être modifié en fonction des normes, des progrès de la technologie et/ou de l’organisation sociale qui va autour. Nucléaire privé ou public. Nucléaire qui tient les coûts de l’électricité vers 40 € / MWh et non vers 80 ou 100 (ce qui serait le prix d’une électricité gaz, l’éolien et le solaire étant encore plus chers). Si nous sommes collectivement prêts à payer 100 € au lieu de 40, et compte tenu du fait que le coût du nucléaire est essentiellement dû à l’investissement initial et au démantèlement final, on peut probablement encore décupler le coût d’exploitation pour améliorer la sécurité… La sécurité, ce sont des calculs, des scénarios, des contrôles indépendants, etc. Tout ceci a progressé et peut progresser encore. L’EPR apporte un plus en termes de sécurité, justement dans des situations de type de celles qui peuvent encore se produire au Japon, mais il est idiot néanmoins de dire qu’il répond à tous les risques (notamment, comme au Japon, il faut continuer à balancer de l’eau dedans pour refroidir. La différence c’est que si tout fond à l’intérieur, au lieu de percer la cuve et de s’échapper, ça devrait rester dedans. Néanmoins, si ça devait exploser…).

… est-il acceptable ? Quelle est la perception de l’acceptabilité du risque par les citoyens ? Certains ont tellement peur de la radioactivité qu’ils ne sont pas prêts au moindre risque. Considérant le nucléaire comme un risque infini, ils n’envisagent même pas que l’on puisse mettre en balance ce risque avec d’éventuels avantages de la technologie. On peut les comprendre. D’autres au contraire peuvent gloser sur une comptabilité macabre qui oppose quelques milliers de morts tout au plus une fois de temps en temps sur un très gros accident nucléaire, associés à un coût élevé de décontamination, aux quelques milliers de morts annuelles des accidents de la route, aux coups de grisou, aux effets cumulatifs de la pollution, des guerres liées au pétrole, etc. Rien qu’au Japon depuis vendredi dernier, nous avons 20 000 morts effectifs liés au tremblement de terre et et tsunami, directement imputables à cet événement naturel donc… mais aussi au fait que les maisons n’ont pas tenu, qu’elles ont été construites près de la mer, et que les digues ne suffisaient pas, à des décisions humaines également donc… et quelques décès seulement (jusqu’à présent) dans la centrale qui néanmoins occupe 95% du temps médiatique. Une mort par irradiation est-il plus horrible qu’une mort par noyade, par écrasement, par brûlure, qu’une mort par empoisonnement chimique ? Chacun, manifestement, a sa propre perception de ce risque, et est donc plus ou moins disposé à ce qu’on tolère de le faire courir à la population.

Acceptable au regard des services rendus par la technologie et au regard des alternatives disponibles ?

Quels sont les services rendus ? Le nucléaire assure aujourd’hui en France une large part de notre production électrique, à relativement bas coût, avec de très faibles émissions de CO2, et sans recours aux hydrocarbures. Alors certes, on importe l’uranium. On peut le recycler en grande partie. Les programmes de développement de réacteurs à « neutrons rapides », type Superphénix, visent justement à pouvoir indéfiniment réutiliser la même matière nucléaire, pour améliorer le « service rendu » et avoir une source d’énergie totalement indépendante de ressources naturelles que nous ne maîtrisons pas (indépendance énergétique) et surtout d’arrêter de piocher dans des ressources naturelles finies, épuisables. On peut encore améliorer le rendement des centrales. Et si on développe les transports électriques, le nucléaire pourrait rendre des services additionnels, et se substituer également au pétrole dont on ne sait pas se passer aujourd’hui pour nos voitures, avions, camions, bateaux.


Quelles sont les alternatives disponibles ? Peu aujourd’hui, qui ne bouffent pas les ressources de la planète et évitent l’effet de serre. Mais on peut décider de les développer ces alternatives, néanmoins sans garantie d’obtenir une énergie qui ne soit pas deux fois plus chère que celle dont nous bénéficions aujourd’hui, ce qui pour le pouvoir d’achat n’est pas une bonne nouvelle. Et quoi qu’il en soit, cela prendra du temps. Il a fallu en gros 25 ans pour bâtir le parc nucléaire français (Fessenheim date de mémoire de 77, et les dernières centrales mises en service du début des années 2000, il risque d’en falloir autant pour produire autant d’électricité par d’autres sources d’énergie).

En conclusion, ce débat peut-il être tranché par référendum ? Seul un référendum permet aux citoyens de s’investir totalement dans un débat. L’expérience du référendum sur le traité constitutionnel européen est un bon exemple : les citoyens s’en sont saisi, ont voté non, donc… mais ensuite ? Qu’a-t-on fait du non de gauche par rapport au non de droite ? On a traité les partisans du non de gauche de nationalistes ce qu’ils n’étaient pas. L’idée d’une Europe démocratique ne progresse pas. On ne recherche pas une autre majorité autour d’une Europe parlementaire, versus ce machin inter-étatique verrouillé par une Constitution qui contraint la souveraineté populaire en élevant la concurrence libre au dessus des lois que peuvent adopter leurs représentants…

Pour ou contre la sortie du nucléaire alors ? On peut voter. Mais sur quelle proposition ? Sortie du nucléaire, mais en combien de temps ? Et en faisant quoi à la place ?

La nature humaine, les limites des organisations humaines, font que le risque nucléaire existe et ne peut être totalement évité. Et ce risque est évidemment un risque grave, dont il serait bien que l’on puisse se passer. L’auteur de ces lignes, clairement, serait un partisan de la sortie du nucléaire. Sauf que. Sauf que l’auteur de ces lignes en serait partisant si dans le même temps l’on parvenait à trouver un équilibre énergétique et économique qui ne plombe pas le revenu des ménages modestes (ce qui suppose des prélèvements obligatoires additionnels pour subventionner en retour l’énergie), et qui ne nuise pas au niveau de vie global (ce qui suppose qu’on fasse d’énormes progrès et donc qu’on investisse sur l’efficacité énergétique de nos technologies et que l’on parvienne à déployer suffisamment d’énergies alternatives, et ce sans pour autant vider la planète de son lithium, sans dépendre à 100% de la Chine pour le solaire, sans raser les forêts et affamer la planète, et en trouvant une façon pour ne pas mettre des éoliennes partout…) La fusion reste un objet de recherche, et une recherche très onéreuse. Faut-il continuer ? Probablement oui. Accélérer ? En a-t-on les moyens ? Sauf qu’en parallèle, il semble vital d’arrêter aussi de dépendre du pétrole saoudien et lybien, et du gaz algérien, de ne pas accepter de risquer de polluer tout le sud de la France en faisant des trous à travers les nappes phréatiques pour récupérer le gaz de schiste, ou à tout le moins réserver tous ces combustibles fossiles pour les générations futures qui en auront besoin sans doute pour faire des plastiques ou autres usages. Saura-t-on faire tout cela ?

La conclusion provisoire de cette réflexion est donc une insatisfaisante : aujourd’hui, en dépit de Fukushima, l’auteur de ces lignes répond, mais pas par gaieté de coeur, et en ayant profondément conscience qu’il est possible que dans les prochaines années quelque chose comme Fukushima ou Tchernobyl se produise dans une région française, qu’aujourd’hui le niveau de risque est acceptable au regard des services rendus et des alternatives disponibles. On peut évidemment, tout de suite, encore réduire d’un cran le risque : renationaliser totalement EDF, arrêter de demander à Areva de vendre du nucléaire n’importe où, et accepter une hausse du coût du nucléaire pour améliorer encore et de façon continue la sécurité des systèmes, ce qui ne nous mettra néanmoins jamais à l’abri d’un accident, mais continuera à le rendre chaque jour un peu moins probable. Toujours tout de suite, il faut impérativement réduire notre dépendance au nucléaire : nos centrales ont été construites toutes à peu près sur le même modèle. Si jamais on a un gros problème sur l’une d’entre elles, il faudra arrêter une bonne partie des autres, et ce sera une crise énergétique majeure dans toute l’Europe (qui nous achète beaucoup d’électricité nucléaire…). Donc arrêter deux tranches anciennes pour une nouvelle tranche EPR (ou autre nouvelle techno), par exemple, pour avoir des centrales de types plus diversifiés et plus modernes globalement.

Mais comme la réponse d’aujourd’hui est insatisfaisante, il faut se mettre en marche pour pouvoir donner la réponse contraire aussi vite que possible. Donc, développer les alternatives au nucléaire, ce qui aura un coût très élevé. Garder une base nucléaire pendant quelques dizaines d’années aidera à ne pas trop renchérir le prix de l’électricité. En gros, avec un EDF public, qui maintient l’électricité au coût actuel ou avec une faible hausse, les bénefs faits sur le nucléaire qui restera moins cher même en améliorant la sécurité et en démantelant d’anciennes centrales compenseront très largement le surcoût du tarif de rachat du solaire et autres nouvelles énergies beaucoup plus chères. Et plus les nouvelles énergies progresseront, plus elles deviendront « bas coût », plus on pourra facilement les déployer et arrêter du coup des centrales en commençant par les plus anciennes. Ça suppose de revenir à la vieille technique service public de la péréquation, avec une vraie planification énergétique.

Sortir du nucléaire, par ce type de méthode, peut prendre 20 à 30 ans. Est-ce vendable par référendum ? Comment ? Peut-être peut-on aller plus vite, mais aucun ingénieur sérieux actuellement engagé sur le solaire, l’éolien, les bioénergies ou je ne sais quelle autre solution énergétique ne peut garantir qu’on arrivera dans 10 ou 15 ans à avoir un mix énergétique totalement décarboné et à 40 €/MWh. Peut-on faire voter par référendum sur des promesses, peut-être tenables, peut-être pas ? Suédois, Allemands, Belges, ont voté la sortie du nucléaire par référendum il y a déjà de nombreuses années, et leurs centrales tournent encore… Avec des ingénieurs vieillissants, car à quoi bon se lancer dans l’étude du nucléaire si c’est pour passer sa carrière à arrêter des centrales ? Ségolène Royal avait proposé de réduire de 50% le parc nucléaire en 2020. Mais est-ce possible ? L’auteur de ces lignes connait bien les énergies renouvelables, en est un praticien, et comme pour le nucléaire en connait trop les limites pour pouvoir jurer qu’en 2020 l’on sache produire l’équivalent de la moitié du parc nucléaire actuel à un coût acceptable.

 

Dès lors, une sortie conditionnée (notez la nuance) du nucléaire serait plus simple à organiser, et beaucoup plus claire, dans un programme politique de coalition, avec engagements chiffrés, type planification. Tant de MW d’énergies renouvelables à tel coût en telle année. Avec tel montant d’investissements dans la recherche d’alternatives et dans les progrès continu de la sûreté des centrales. Avec tel prix de l’énergie en résultant. Et d’année en année on suit, on voit si on avance ou si on s’écarte de la cible. Et au fur et à mesure, on débranche plus de centrales nucléaires qu’on en rebranche, dès qu’on a les moyens d’assurer la sécurité de l’approvisionnement à un prix socialement acceptable, et sans faire une croix sur nos engagements de réduction de notre consommation d’énergie fossile.

 

Arrivera-t-on à un accord ? Il est à craindre que l’opposition au nucléaire est trop forte, avec les événements actuels, pour qu’au final le nucléaire ne devienne pas un enjeu de marquage politique, marqué par le « on sort, on sort pas », qui empoisonne la vie politique de tous les pays, qui conduit les tenants du nucléaire à penser ou à dire qu’au final, le risque d’accident n’est pas si grave, qui conduit ceux pour qui le risque est trop grand à refuser de voir les conséquences sociales et énergétiques d’une sortie trop rapide.

 

Dans les deux camps, le citoyen veut pouvoir décider. Alors c’est facile, on demande un référendum. Mais un référendum sur quoi ? Pour dire oui ou non à quelle question ? La démocratie en sort-elle renforcée ?

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