La possibilité qu’il n’y ait plus d’île

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îleD’accord, le citoyen rationnel ne doit jamais se laisser aller à la dictature de l’émotion. Entendu, l’hyperréactivité à un événement subit est une marque de fabrique sarkozienne. Certes, le débat est complexe, technique, scientifique, économique. OK, Prométhée est une figure de gauche.

Mais tout ceci ne permet pas d’effacer le réel : l’un des pays les mieux armés pour gérer une technologie de pointe est désemparé devant une réaction chimique en chaîne qui menace de détruire sa population, sa terre, son État.

 

Fukushima doit nous faire douter de nos certitudes technicistes. Le citoyen rationnel ne connaît rien aux millisivers, à l’électronégativité et au volume molaire de l’uranium. Mais il a fait confiance à de prétendus experts, cravatés ou blousés, qui opinaient ensemble du chef, un rien condescendants, pour affirmer que le nucléaire est une technique sûre, économique et garante de l’indépendance énergétique.

Garante de l’indépendance énergétique, c’était déjà douteux, surtout pour les salariés d’Areva pris en otage au Niger. Economique, c’est incertain, tant que le coût réel et précis du renouvellement ou du démantèlement de nos 58 réacteurs nationaux n’aura pas été établi. Sûre, c’est désormais faux.

Alors le citoyen qui admet douter, qui admet avoir fait confiance aux scientifiques et autres sachants, veut désormais un débat. Des bribes d’information perçent (enfin) le voile d’ignorance : la France exploite deux fois plus de réacteurs nucléaires par habitant que le Japon, trois fois plus que les Etats-Unis. La France serait le seul pays au monde à avoir installé une centrale nucléaire en amont du fleuve qui assure la desserte en eau de sa ville capitale. Le site de Fessenheim serait en zone sismique. La centrale du Blayais connaîtrait des problèmes de sécurité. Assez. Le débat doit avoir lieu. Et foin de ces « grands débats nationaux », grenelles et autres forums citoyens. L’histoire récente a montré que dans notre pays, le seul moyen pour le citoyen d’obtenir que l’ensemble des arguments lui soit exposé en profondeur, c’est d’organiser un référendum. Quand a-t-on réellement débattu de l’Europe, hormis en 1992 et 2005 ? Quand a-t-on réellement débattu du nucléaire ?

La gauche devra, si elle revient au pouvoir, organiser ce référendum. Il porterait sur la validation, ou non, par le peuple, d’un projet de loi-cadre organisant l’arrêt progressif des réacteurs nucléaires et leur remplacement concomitant par de multiples sources d’énergies renouvelables. En plusieurs décennies, probablement. Mais qui commencent maintenant.

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Par Philippe Bluteau

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