Les larmes de BHL  »Les cairotes sont cuites ! »

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lermes de BHLHier le régime des Mollahs fêtait les trente deux ans de l’installation au pouvoir de l’Ayatollah Khomeiny. Au Caire, sur la désormais fameuse place Tahrir, les Égyptiens criaient leur joie, le vieux Raïs lâchait les rênes après trente ans de pillage et de despotisme. Coïncidence ou petit clin d’oeil malin d’une histoire qui retrouve le sourire, la mélodie des peuples faisant tomber leurs tyrans a pris le dessus sur tous les rossignols du despotisme éclairé, rêvant comme BHL  »de révolutions sautant leurs funestes étapes pour aller droit à un Thermidor heureux » .

Rêve réactionnaire de révolutions sans peuples, où l’universalisme n’aurait sa place que là où pensent les bien pensants… ces sommités qui ont cogité la une du Point du jeudi 3 février  »Le spectre islamiste ». Leur monde s’effondre… Ils s’accrochent.

 

Pour les Tunisiens et les Égyptiens, les problèmes commencent, enfin ! La Bastille est prise, ils ont symboliquement fait leur 21 janvier 1793. C’est quand les peuples font irruption dans l’histoire de leur pays que tout bascule, quand les particularismes de chacun se mêlent et se déploient dans une aspiration commune qui soudain échappe aux égoïsmes pour se formaliser en projet à vocation universaliste qu’une révolte devient une révolution. Forcément pleine d’incertitudes et de pièges, de risque de confiscation, et de certitude de violence. Les sociétés ne se transforment pas sans heurts, dans un jovial claquement de doigt. Les révolutions sont porteuses de gaîté mais pas seulement. Mais en aucun cas l’ombre de Téhéran et des frappés qui y sévissent ne peut ternir une vérité simple : le radicalisme islamiste est le sous produit des dictatures. Si les révolutions tunisiennes et égyptiennes aboutissent, il sera dans ces pays ramené à une dimension qui n’en fera plus une menace pour ces sociétés. Déjà ils sont en retrait en Tunisie. Et en Égypte les Frères musulmans sont allés se corrompre avec le pouvoir finissant en négociant avec lui, sachant très bien que la démocratie est par nature incompatible avec l’islam politique. C’est ça qui dérange les derniers faucons adeptes du choc des civilisations qui ont mûri la une du Point, rossignols d’une démocratie bien à eux, qui ne tolère pas que les peuples s’émancipent si cela vient perturber leurs schémas d’arrière-garde. Le monde d’hier est à Téhéran et au Point, survivant dans le soliloque des thuriféraires d’Huntington qui voient les turbans partout où il y a des musulmans, quand les esprits éclairés ne voient que des hommes là où il y a des révolutions.

 

On s’était presque habitué à l’après 11 septembre. Nous sommes déjà dans l’après Sidi Bouzid, l’après Wikileaks, le retour des peuples, dans un moment de formidable accélération de l’histoire comparable à la chute des régimes communistes. Et de la même manière que les rabatteurs de mensonges ont voulut faire croire que Jean Paul II et le Vatican étaient à l’origine de la révolution polonaise qui fit tomber le château de carte à l’Est, les griots du choc des civilisations répandent l’idée que ce sont les États-Unis qui ont ordonné aux despotes de libérer la place. Comme si ceux qui sont morts l’étaient pour rien, comme si les soulèvements populaires n’étaient que quantité négligeable dans les données du printemps méditerranéen…. Les masques tombent dans la tempête. Ici comme là-bas, le peuple fait toujours peur. Et c’est certainement ça le plus réjouissant.

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Par Renaud Chenu

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