Les Russes de retour à Kaboul

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La première centrale nucléaire de l’Iran, construite par Moscou, a été inaugurée le 21 août dernier à Bouchehr dans le sud du pays. Véritable pied de nez à Israël et « doigt dans l’oeil » de l’Amérique, selon les termes de l’ultra conservateur et ancien ambassadeur américain à l’ONU John Bolton, tenus le 17 août sur la chaine Fox Business Network. Le lendemain 18 août, en marge du sommet de Sotchi sur les bords de la mer Noire en Russie, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lui rétorque qu’il s’agit au contraire « d’une ancre essentielle maintenant l’Iran dans le régime de non-prolifération ».

Il s’agit surtout pour la Russie de s’ancrer plus avant dans une région où les américains perdent lentement la main. Peu avant cette retentissante inauguration, Moscou a installé des batteries de missiles intercepteurs S-300 en Abkhazie et des armes de défense aérienne en Ossétie du Sud, sur la rive nord de la mer Noire, avec pour prétexte la menace de la Géorgie… qui n’utilise pas d’avion de combat. La vraie raison de cette installation est le risque d’un raid américain ou israélien utilisant la « voie du nord » contre l’Iran. Moscou a mis en place ces batteries pour faire contrepoids à la Sixième Flotte américaine qui mouille en Méditerranée et mer Noire et aux bases américaine de Constanta en Roumanie et de Bezmer en Bulgarie, où s’entraîne Tsahal.

 

L’attention des observateurs russes et iraniens a en effet été attirée par les exercices menés par l’aviation israélienne, et en particulier par le crash de l’hélicoptère israélien Yasur CH-53 dans les montagnes des Carpates en Roumanie le 26 Juillet. Il est évident pour eux que la façon dont le CH-53 s’est écrasé ainsi que le secret imposé par les autorités israéliennes indiquent un entraînement risqué d’attaques sur des sites nucléaires iraniens retranchés dans des tunnels creusés aux flancs de montagnes. Si Tel Aviv est ulcérée de l’attitude des Russes à l’égard de la République islamique et du « laisser faire » américain, Washington prend acte de ce retour de Moscou en Asie centrale. Les deux capitales ont décidé d’accorder leurs violons pour résoudre les dossiers brûlants de la région. Ainsi au sommet régional de Sotchi où le président Hamid Karzaï était présent avec ses homologues pakistanais, Ali Zardari, et Tadjik, Emomali Rahmon, Sergueï Lavrov a promis de faire don à l’Afghanistan d’armes d’infanterie et de munitions pour lutter contre le terrorisme, avec l’aval de l’OTAN. Palettes de Kalachnikovs au menus.

 

La Russie et l’OTAN prévoient aussi la fourniture quasi gratuite de 27 hélicoptères russes Mi-17. Le gros avantage du MI-17 est d’être le meilleur pour voler dans l’air raréfié et poussiéreux de l’Afghanistan et d’être bien connu des aviateurs afghans qui l’ont pratiqué en URSS dans les années 80. Mais Moscou ne se contente pas de l’aspect militaire et organise son retour en douceur dans la vie Afghane. En avril dernier, Victor Ivanov, président de l‘office des stupéfiants, s‘est rendu à Kaboul, officiellement pour évoquer le problème de la drogue, en réalité pour réactiver les lobbies russes très présents dans l’administration où de nombreux anciens communistes officient. Reçu par le président Hamid Karzaï, il a évoqué la remise en chantier de 142 projets lancés à l‘époque soviétique sans oublier de proposer l‘aide de la Russie pour la prospection et l‘exploitation des richesses naturelles. Les américains regardent du coin de l’oeil ce manège, et font contre mauvaise fortune bon coeur. Les russes ont autant besoin qu’eux d’un Afghanistan stabilisé.


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Par Renaud Chenu

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