Préparer la rentrée sociale

Share Button

quelque chose de pourri en France

Pour paraphraser un génie anglais, il ya bien « quelque chose de pourri dans le royaume »… de France. Déjà dévasté par une crise économique et sociale sans précédent, notre beau pays est le théâtre de sordides affaires politico-financières. Rien d’étonnant pourtant dans les révélations qui se succèdent. La collusion entre la droite et les milieux d’affaires, le goût si sarkozyste pour le mélange des genres et les conflits d’intérêts, la promotion d’un modèle dans lequel l’argent est la mesure de toute chose: tout cela est écœurant, mais pas surprenant.

Evidemment, les mesures défendues avec une rare constance comme le fameux « paquet fiscal » prennent un sens nouveau. Il ne s’agit pas seulement de privilégier une clientèle : voici revenu le temps du « donnant donnant » de la vieille politique. L’UMP, qui n’a de cesse de qualifier la gauche d’ « archaïque », peut se voir retourner le compliment: Sarkozy remet au goût du jour les liens intimes, et désormais assumés (c’est en cela que la droite peut se targuer d’être vraiment « décomplexée ») entre son camp et les « deux cents familles ».  
C’est d’ailleurs tout le mérite de cette période : des mots longtemps confisqués (ou refoulés) ressurgissent naturellement, même dans la bouche des prisonniers de l’idéologie dominante, tant il est difficile de désigner la réalité sociale autrement: il y a bien une France des « possédants », une petite fraction de « capitalistes » épargnés par la crise, qui jouit de la protection d’un pouvoir qui a pris l’habitude d’être « subventionné » par elle.

 

Certes, la dérive ploutocratique est inévitable en régime capitaliste. Mais si les bonnes âmes crient aujourd’hui au scandale « moral », c’est que le déchaînement de l’affaire « Woerth Bettencourt » intervient au moment même où les pouvoirs publics engagent de front la « mère de toutes les batailles », (la « réforme des retraites ») et le « chantier de la rigueur ». Même les plus enthousiastes supporters du président peinent à dissimuler leur embarras : demander à l’immense majorité des Français de faire des « sacrifices » (en gros de travailler plus, plus longtemps, pour gagner moins et se voir rognés des droits difficilement acquis) au moment où s’étale au grand jour la mansuétude dont bénéficient une minorité de privilégiés qui ne seront jamais inquiétés, cela fait un peu désordre.

Pour calmer les esprits, le pouvoir multiplie les annonces ridicules : enterrer la « garden party » de l’Elysée, diminuer le « train de vie de l’Etat », promettre un remaniement, etc…histoire de gagner quelques semaines.

Plus sérieusement, il ya fort à parier que Sarkozy et ses communicants prient pour que l’opprobre publique frappe finalement tous les élus de la République, histoire que le mouvement social, qui ne manquera pas de grossir en septembre, ne trouve aucun point d’appui dans une « classe politique » discréditée. Et tant pis si l’extrême droite sort renforcée de cet épisode. Ce qui compte, pour la droite, c’est de contenir la contestation progressiste.

Dès lors, la gauche sait ce qui lui reste à faire. Non pas s’enfermer dans un combat moral ou judiciaire, mais préparer méthodiquement la rentrée sociale. Le débat parlementaire sur les retraites devra être abordé projet contre projet, avec une idée claire en tête : convaincre les Français que le mouvement social pourra trouver un débouché politique en 2012.

Share Button
emaurel

Par Emmanuel Maurel

Retrouvez tous ses articles

Réagir