Bras de fer en Californie

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Aux Etats-Unis aussi soleil rime avec dette. Comme chaque année, la Californie peine à boucler son budget. Arnold Schwarzenegger, qui achève son second mandat de gouverneur cherche à inposer des coupes drastiques dans les dépenses sociales.

C’est un fait connu, il faut aller vers le sud pour trouver des cigales. Sur cette base incontestable, élites et média allemands, depuis des années déjà, parlaient des pays du sud de l’Europe comme du «club med» pour mieux souligner leur absence de rigueur financière. La crise de la dette grecque aura au moins permis aux tabloids anglais de renouveler le genre. Les cigales sont en effet devenues des gorets puisque c’est désormais sous le nom de «PIGS» que les journalistes anglo-saxons rassemblent Portugal, Italie, Grèce et Espagne (Spain). Peut-être les cochons aiment-ils, eux aussi le soleil ? Sans aller jusqu’à remettre au goût du jour la théorie des climats chère à Montesquieu, il faut bien constater qu’ailleurs aussi le soleil frappe parfois très fort.

Californie : plus de richesses et plus de dette

On l’ignore souvent mais la Californie, l’état le plus riche et le plus peuplé des Etats-Unis est lui aussi au bord de la banqueroute. Les difficultés ne datent certes pas d’hier. Il y a huit ans déjà, le futur gouverneur Arnold Schwarzenegger avait fait sa campagne armé d’un balai, histoire, disait-il de pouvoir une fois pour toutes faire le ménage a Sacramento, la capitale de l’état. Fut-il manié par des bras très musclés, le balai finit rapidement au placard. A la décharge de l’ex-acteur bodybuildé (républicain), il faut admettre que ses velléités de réforme se heutèrent rapidement à la majorité (démocrate) de la chambre californienne.

Cette année encore, la situation est grave avec un déficit annoncé de l’ordre de 19 milliards de dollars (20% du budget). Le budget aurait dû être adopté le 15 juin. Dans une lettre au gouverneur et aux leaders du congrès, le contrôleur de l’état californien, John Chiang a prévenu qu’un report supplementaire du vote du budget aurait des effets désastreux. Si contrairement à 2009, l’état dispose cette année d’assez de fonds pour passer l’été, au delà du 1er août, il serait contraint de retarder de 3 mois la paie des salaires de l’éducation, les versements aux administrations locales, etc.

Le plan Schwarzenegger et la riposte démocrate

Pour équilibrer le budget, Schwarzenegger a proposé en mai de procéder à des coupes drastiques dans les programmes sociaux : suppression du programme CalWorks d’aide au retour à l’emploi (1,6 milliard de $) ; suppression de l’aide à la garde d’enfants sur condition de ressources ; coupe de 500 millions pour le programme Medi-Cal de securité sociale pour les plus défavorisés ; gel du financement des écoles ; coupe de 600 millions sur le financement d’aides à domicile et d’auxiliaires de santé pour les personnes agées et les handicapés. Le tout bien sûr sans aucune augmentation d’impôt.

Le plan democrate de John Perez « California Jobs Budget » vise à l’inverse à augmenter les recettes. Ses propositions : taxer l’industrie pétrolière et gager sur l’augmentation de ces taxes un emprunt de 8,7 Milliards, augmenter les taxes sur l’équivalent des cartes grises (1,2 milliards) ; augmenetr de 60 % les taxes sur l’alcool (+200 millions), augmenter d 0,25% le taux de l’impôt sur le revenu ; reporter les exemptions de taxes des entreprises (2 milliards), etc. L’ensemble de ces mesures permettrait d’allouer 5 milliards suplémenrtaires aux écoles.

La bataille parlemetaire fait rage. L’ancien Monsieur Univers n’a certes pas de majorité mais les democrates aussi auraient besoin de voix républicaines pour faire passer leur plan. Les républicains hurlent à l’illégalité du plan Perez. La proposition 58 passée par Schwarzie interdit en effet d’emprunter pour boucler un budget déficitaire en fin d’année. Les démocrates refusent de s’asseoir à la table des négociations sans concessions préalables de la part du gouverneur…

Intervention divine

Il reste heureusement quelques bonnes volontés dans ce monde de brutes. Comme l’a rapporté le Los angeles Times, un groupe de prière représentant huit religions différentes s’est en effet rendu à Sacramento le 17 juin dans le noble but d’injecter un peu de “sagesse divine” dans le difficile exercice de bouclage du budget. Ces belles et fortes âmes comptaient demander à Dieu de rejoindre la table des negociations. Bien sûr, comme l’indique prudemment le “centre pour la conscience spirituelle”, “Nous ne savons pas ce que Dieu pourra apporter à la table [des negociations], nous ne faisons qu’inviter sa présence”.

Au cas improbable où cette initiative remarquable ne suffirait pas a régler le problème, on peut toujours proposer aux élus californiens d’avoir recours à une methode déjà éprouvée il y a près de quarante ans. A l’époque, le gouverneur était déjà un acteur républicain, il s’appelait Ronald Reagan. Démocrates et républicains s’affrontaient sur la mise en place d’un forfait (non remboursé) à acquitter pour tout acte médical. Ils avaient fini par régler ça… au bras de fer. A l’époque les démocrates avaient à grand tort sous-estimé le bras droit du négociateur républicain. Avec cette fois-ci un ancien culturiste dans le camp adverse, on leur conseillerait bien de réfléchir avant de proposer la revanche cette année. On se dit cependant qu’importer la méthode de ce côté de l’Atlantique n’aurait pas forcément que des mauvais côtés. C’est vrai après tout, vous parieriez quoi, vous, sur un bras de fer Sarko-Thibault ?

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dvandembroucq

Par Damien Vandembroucq

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