Un autre avenir pour un système par répartition ?

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L’actuel système de retraite se caractérise par une injustice croissante. La protection sociale étant essentiellement financée par des cotisations ou contributions assises sur les rémunérations du travail, ce sont les salariés qui supportent la quasi-totalité de l’effort de financement.

Or les jeunes salariés font face à des situations difficiles en matière d’emploi et de précarité du travail, et cotisent davantage que leurs aînés d’il y a 30 ans, pour des niveaux de retraite plus faibles. Dans un système fondé sur la solidarité intergénérationnelle, une telle inégalité de traitement, alors même que le niveau de vie moyen des retraités est désormais supérieur à celui des actifs n’est pas supportable. Résultat : une situation ubuesque où la solidarité intergénérationnelle se développe à rebours,  des retraités vers les jeunes actifs dans le cadre de la sphère familiale.

Un système inégal

Les réformes accumulées ces dernières années, centrées sur la durée de cotisation, ont encore accru les inégalités entre les futurs retraités, désavantageant encore plus ceux qui ne bénéficiaient pas de carrières complètes, en particulier les femmes. Enfin les salariés les plus aisés ne cotisent au régime de retraite de base qu’au niveau du seul salaire plafonné (environ 2600 euros), et bénéficient de retraites complémentaires plus généreuses. Sans compter les régimes supplémentaires de retraite et de prévoyance en entreprise, qui ne bénéficient qu’à une partie du salariat. Cette situation n’est pas tenable et risque de provoquer un développement de la pauvreté chez les seniors. Face à ce double constat d’inégalité entre les générations et d’inégalité entre les retraités, il peut être tentant de changer totalement d’optique, en substituant au système de retraite actuel, fondé sur le principe du salaire différé, un modèle basé sur le versement par l’Etat d’un même revenu universel à l’ensemble des inactifs de plus de 60 ans. 

Ce système est en réalité très inspiré du modèle anglo-saxon « beveridgien », dans lequel l’Etat assure un filet de sécurité pour tous les inactifs. Le niveau de l’allocation, fixé au SMIC, ne nécessiterait pas la mise en place d’un régime de retraite complémentaire. Aucune distinction ne serait faite en fonction de la durée d’activité et des rémunérations perçues au cours de la carrière professionnelle. Il s’agirait d’un changement de paradigme complet. Quelles peuvent en être les conséquences ? 

Le premier risque, en transformant la retraite en revenu d’assistance, est celui de la paupérisation des retraités. Le principe du salaire différé, en dépit des réformes structurelles engagées, résiste mieux aux coups de butoirs du libéralisme que les revenus d’assistance. Même si le niveau des retraites a pâti du passage de l’indexation sur les salaires à l’indexation sur les prix, que dire du décrochage du RMI par rapport au SMIC en 20 ans ! Les reformes des retraites se produisent tous les 5 à 10 ans, quand des prestations d’assistance sont une variable dans le budget de l’État voté chaque année. Le second risque est celui du développement des solutions d’épargne collective ou individuelle,  puisqu’il n’y aurait plus la place pour un système de retraite complémentaire obligatoire. Or on sait que le développement de ces solutions d’épargne est par nature fortement inégalitaire.

Quelques pistes de réflexion

En réalité, le système de retraite par répartition peut très bien être réformé  dans le sens d’une plus grande justice entre générations, sans qu’il soit besoin de l’abandonner. Proposons quelques pistes : d’abord fixer des niveaux de retraite minima pour des carrières complètes (et pourquoi pas au niveau du SMIC) ; limiter les effets des décotes qui pénalisent les salariés ayant connu des périodes d’inactivité ; prendre en compte la pénibilité du travail dans l’âge de départ et la durée des cotisations. Et pourquoi ne pas mettre en œuvre une solidarité entre les retraités eux-mêmes, avec une contribution payée par les retraités les plus riches plutôt que de toujours reporter l’effort de financement sur les actifs ? Il est quand même profondément injuste que les retraités aisés soient si peu contributeurs. Sait-on qu’un Smicard à temps partiel a un taux de CSG plus élevé qu’un retraité qui gagne 4000 euros par mois ? 

Conforter la retraite par répartition suppose également de revoir l’ensemble du financement de la protection sociale. En effet, s’il semble juste de financer les retraites ou les prestations chômage par des cotisations salariales, par application du principe du salaire différé, il serait logique que les revenus du travail et du capital participent au financement des prestations familiales et des dépenses de santé, qui ont un caractère universel. Dans ce cadre, l’idée d’asseoir les cotisations patronales famille et maladie sur l’ensemble de valeur ajoutée des entreprises doit être remise sur la table. 
 
 

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Par Sébastien Boudier

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