Sous la pelouse, le Coran

Share Button

Le voile intégral et les stades… Qui l’eut cru ? La Fifa et le CIO ont exclu l’équipe féminine iranienne de football junior des jeux Olympiques de la jeunesse. Les lanceurs de Fatwa sont ravis, qui voient dans le beaux jeux la marque des apostats. Islam et football, des marques encore à prendre…

Un cheick tunisien s’est ému de la légerté avec laquelle les footballeurs de son pays remerciaient le tout puissant après avoir mis la balle au fond des filets. On comprend son ire à la lecture de la fatwa qu’il a mis en ligne le 7 avril dernier et révélée par le site JSSnews. Ces musulmans à la pratique légère « se prosternent plus facilement après avoir marqué un but qu’à la mosquée ». Arf ! Voilà qui méritait un coup de sang pour rappeler que la tenue de footballeur n’est pas ce qu’il y a de plus trendy pour se livrer à des choses saintes, surtout que ceux-ci n’ont pas toujours une boussole dans la tête et omettent la plupart du temps « de se tourner vers la mosquée », rappelle avec bon sens l’enturbanné.

Mais l’islam a ses aficionados du ballon rond et c’est d’Égypte, où les joueurs de l’équipe nationale sont nommés les « fidèles », que la réplique est arrivée. L’Imam d’Al Azhar Université, a lui, mieux saisi la force symbolique de cette pratique de plus en plus répandue dans le monde arabe et a choppé la balle au bond dans une contre-fatwa à l’esprit très marketing, « toutes les prières sont appropriées puisque chaque prière d’un footballeur est une bonne publicité pour l’Islam. Surtout quand le match est télédiffusé ». 

Controverse surréaliste ? Le football est régulièrement l’objet de fatwa. Déjà Khomeiny voulut le bannir d’Iran dans l’élan de la révolution islamique de 1979. Coup manqué, la passion des stades fut plus puissante que celle de dieu. Plus récemment, en octobre 2005, le quotidien saoudien Al Watan publiait une fatwa désopilante et pleine de conseils pour les candidats au Jihad. Le premier article donnait le ton : « Jouez au football sans délimiter le terrain par quatre lignes, car c’est là une règle internationale inventée par les hérétiques. » S’ensuivait un festival de préceptes où on apprenait entre autre que crier « faute » était un truc de juifs et de polythéistes. Un bon musulman ne donnant jamais de carton pour blessure. Ces actions devant être « jugées selon les lois de la charia qui régissent les fractures et les blessures ». Encore mieux que l’arbitrage vidéo ! La question du vêtement y était déjà abordée par le menu. Hors de question de jouer « avec des shorts colorés et des maillots portant un numéro, car les shorts et les maillots ne sont pas des vêtements musulmans. Ce sont des vêtements d’hérétiques et d’occidentaux » Et gare à quiconque aurait l’idée saugrenue de contrevenir à ces règles ! « L’Enfer est promis à ceux qui meurent après avoir joué au football selon les règles des pays hérétiques. »

Les jeunes footballeuses de l’équipe junior d’Iran jouent comme tout le monde entre quatre lignes mais au moins jouent-elles en hijab. Bien mal leur en a pris. La FIFA vient de décréter que cet accoutrement n’était « pas en accord avec les règles du jeu » et elles se voient interdites de Jeux Olympiques de la Jeunesse en août prochain à Singapour pour lesquelles elles s’étaient qualifiées. «L’équipement de base obligatoire ne doit pas comporter de déclarations politiques, religieuses ou personnelles » a renchéri le CIO, esprit chagrin.

C’est à n’y rien comprendre, car des sprinteuses comme Rakia Al-Gassra ( Sultanat de Bahreïn) ou Robina Muqimyar (Afghanistan) sont autorisées par le CIO à concourir en tenue islamique. La première  défend les couleurs de son pays dans une sorte de hijab sportwear tandis que la seconde fait flotter un élégant voile dans sa course. Qui de l’Iran, des joueuses, de l’islamisme ou du football est le plus victime ou le plus gagnant dans la décision d’exclure les joueuses iraniennes ? On attend avec impatience la fatwa qui nous l’expliquera.

Share Button

Par la Rédaction

Retrouvez tous ses articles

Réagir