Allonger la durée d’activité ne financera pas les retraites

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Depuis des années, la droite ne cesse de brandir la menace d’une faillite de notre système de retraite pour faire passer une série de « réformes » injustes et inefficaces. L’argument serait qu’un régime de retraite fondé sur la répartition (ce sont les actifs d’aujourd’hui qui financent les retraites d’aujourd’hui) deviendrait insoutenable avec l’arrivée de la génération du babyboom et l’allongement de la durée de la vie.

Hier encore, cet argument avait conduit droite et MEDEF à vanter les systèmes par capitalisation. La crise financière est heureusement passée par là et a balayé cette idée absurde. Faut-il le rappeler ? La capitalisation n’a jamais été une solution pour répondre aux déséquilibres démographiques. A l’échelle sociale, il n’y a en effet aucune capitalisation possible, puisque les retraités ne consomment pas autre chose que ce que produisent les actifs au même moment.


À peine le mythe de la capitalisation s’écroule-t-il que les mêmes proposent aujourd’hui une autre solution tout aussi mythique : repousser l’âge de la retraite et allonger la durée de cotisation. L’équation paraît simple. En repoussant l’âge de la retraite, on augmente le nombre de travailleurs, on diminue  le nombre de retraités et on résout donc les problèmes de financement. C’est ce que le Monde, dans son édito du 21 janvier, appelait « l’Aubryréalisme ».

Hélas ! Le réalisme journalistique peut s’avérer très éloigné de la réalité. Tout d’abord, il convient de ramener à leurs justes proportions les conséquences du « choc démographique ». Depuis 1945, le nombre de naissances en France est remarquablement stable. En 2009, la France a accueilli 834 000 nouveaux nés, un chiffre comparable à celui des années 1950. Quant à l’augmentation de l’espérance de vie, elle est régulière et progressive. Notre système de retraite a déjà parfaitement  absorbé l’augmentation de presque 20 ans de l’espérance de vie depuis 1945 et parait tout à fait en mesure d’accompagner cette tendance grâce à la croissance de la productivité du travail.

Ensuite, et là est sans doute le point essentiel que les prosélytes de la pensée unique ont du mal à comprendre : il ne suffit pas de décréter administrativement un allongement de la durée d’activité pour que s’allonge mécaniquement la durée du travail. En France, la majorité des travailleurs de plus de 59 ans ne travaille pas. Malgré la réforme de 2003 et le passage aux 41 ans de cotisation, le taux d’activité des 55-65 ans se situe toujours à moins de 40%. Seule solution trouvée par le gouvernement : inciter les entreprises à embaucher des seniors. Pourtant, le fameux contrat CDD de 18 mois réservé aux plus de 57 ans et annoncé en fanfare en 2005 a fait un flop retentissant. Le gouvernement en est aujourd’hui à prévoir une politique de quotas, avec sanctions financières pour les entreprises qui continueraient de licencier leurs seniors.

Tout cela est grotesque. En période de chômage, il n’y a aucune raison de favoriser l’emploi des seniors au détriment des jeunes. Et même en allouant des aides spécifiques pour aider « l’employabilité » des différentes catégories de la population, rien ne pourra modifier la dure équation de la réalité : tant qu’il y aura des travailleurs inemployés, on ne parviendra pas à augmenter le nombre d’heures travaillées en allongeant la durée d’activité. Au mieux, on comblera les trous des régimes de retraite en creusant les trous de l’aide sociale. Certes, certains cadres n’auront aucun mal à trouver du travail après 55 ans. Mais pour la majorité des ouvriers, ce ne sera pas la même affaire ! Beaucoup d’entre eux risquent de ne pas pouvoir bénéficier d’une pension complète. Loin d’être sauvé, notre système de retraite sera simplement devenu plus injuste.

Car, il faut le rappeler, celui-ci est dors et déjà très injuste. Par construction, il favorise les salariés du haut de l’échelle qui ont pu bénéficier d’une progression de carrière, et qui, en raison de leur espérance de vie plus longue, pourront jouir plus longtemps de leur retraite. Une étude récente de l’OCDE montrait qu’avec un revenu de remplacement net moyen égal à 62,8% du salaire médian (contre 72,1% pour la moyenne de l’OCDE), la France possède l’un des systèmes les plus défavorables aux classes moyennes. Or, les réformes qui se sont succédées ont renforcé la paupérisation de celle-ci. Si la retraite moyenne en France est d’environ 1300 euros, la majorité des femmes touche moins de 1000 euros par mois et près de 600 000 personnes âgées doivent se contenter des 677 euros du minimum vieillesse. Depuis la réforme de 1993, le nombre de retraités vivant sous le seuil de pauvreté (880 euros par mois) ne cesse d’augmenter et touche aujourd’hui 1,2 millions d’entre eux. Dans ces conditions, proposer d’augmenter la durée de cotisation risque surtout d’aggraver les injustices de notre système sans résoudre les problèmes de son financement. En matière de retraite, la gauche n’a pas à renier ses principes. Réduire le temps de travail et combattre les inégalités apparaissent beaucoup plus réaliste pour réformer notre système de retraite qu’un hypothétique allongement de la durée de cotisation.

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Par la Rédaction

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