Réforme de l’hôpital : « une grosse déception »

Share Button
Catherine Lemorton, le débat autour de la réforme de l’hôpital  vient de se terminer à l’Assemblée Nationale. Alors, cette réforme Bachelot, un coup d’épée dans l’eau  ?
Oui tout à fait. Cela fait des mois qu’on en entend parler, avec effet d’annonce sur effet d’annonce. Roselyne Bachelot nous dit : je vais être celle qui va répartir les médecins partout sur le territoire, je vais être celle qui va lutter contre l’alcoolisme des jeunes, celle qui va faire une véritable politique de prévention, je serai la ministre qui va remettre l’hôpital à l’équilibre en le réorganisant. « Je serai celle là ». C’est malheureusement une grosse déception.
L’avenir de l’hôpital public est donc plus que jamais compromis ?
La nouvelle loi va transférer aux cliniques privées des pans entiers de santé publique. La ministre persévère sur la généralisation de la T2A (tarification à l’activité) entre le privé et le public, alors que ce nouveau mode de financement est à l’origine du déficit colossal des hôpitaux, contrairement à ce qu’elle veut nous faire croire. Nos hôpitaux démarrent l’année 2009 avec près d’un milliard d’euros de déficit. Cette T2A va à l’encontre d’un vrai service public de santé : ce sont les ressources qui vont conditionner les besoins. Alors que ce sont les besoins qui devraient conditionner les ressources. La gestion de l’hôpital vue par la loi Bachelot est une gestion entrepreneuriale : elle va y mettre un patron, comme Sarkozy l’avait dit lui-même, patron qui pourra venir du privé, pour soi-disant amener de nouvelles compétences… Les directeurs en place apprécieront ! Pour ma part, je ne voudrais pas qu’on se retrouve à recruter d’anciens directeurs de banque, avec les compétences qu’on leur connaît maintenant…

On a beaucoup entendu parler de la vente et de la publicité autour de l’alcool. Que s’est-il vraiment passé ?
Le volet « prévention » de cette nouvelle loi est globalement très réduit. Il traite de l’éducation thérapeutique, de la prévention de l’alcoolisme et de l’interdiction des cigarettes bonbons. C’est très décevant par rapport aux effets d’annonce du plan « santé-jeune », sorti en février 2008. Quid de l’obésité ? De l’anorexie, de la boulimie, des poly-addictions…. ? Tout cela a été oublié. Sur l’alcoolisme plus précisément : je n’étais pas contre l’interdiction de vente d’alcool aux mineurs. De plus, on ne peut être contre le fait d’interdire les open-bars, au cours desquels on assiste à des alcoolisations massives (ce qui est d’ailleurs une évolution récente), d’autant plus que les grands alcooliers y faisaient leur promotion. Mais interdire ne fait pas tout. Aucune mesure de prévention ne l’accompagne, notamment dans le monde scolaire et universitaire. La filière viticole s’inquiétait cependant à juste titre de cette interdiction qui pouvait empêcher les foires aux vins ou les dégustations de se tenir. Les viticulteurs ont pu être rassurés par un amendement qui les exclue du dispositif prévu par la loi. Cela montre, ceci dit, la prégnance de ce lobby, par le biais d’une arrivée massive de députés de droite et de gauche, venus de leurs circonscriptions viticoles, alors qu’on ne les avait pas vu sur le reste du projet de loi…Quelle sera leur réaction quand un hôpital de proximité va disparaître ?

Les lobbys ont d’ailleurs obtenu le droit de faire de la publicité sur internet, non ?
Ce droit de faire de la publicité sur Internet est justement arrivé par un amendement du gouvernement. Pour respecter l’esprit de la loi Evin de 1991, il eut été préférable d’interdire la publicité sur internet sauf pour les sites des producteurs, coopératives, importateurs, offices de tourisme… Or la loi permet maintenant la publicité partout sur la toile sauf sur les sites consacrés à la jeunesse et au sport. Je ne doute pas que les grands alcooliers, qui ont agité la peur des viticulteurs tout en restant dans l’ombre, profiteront du système plus que ces derniers. Ce sont eux qui vont coloniser le web.

Puisqu’on parle de lobbys, qu’en est-il des lobbys pharmaceutiques ?
L’industrie pharmaceutique et les grands laboratoires, investis officiellement d’une mission d’éducation thérapeutique, vont aller dorénavant au plus près du malade pour assurer l’observation des traitements. Ils seront en contact direct avec le malade, sans passer par le médecin. Le danger est clair : sous couvert d’accompagnement et de prévention, l’industrie pharmaceutique sera logiquement focalisée sur la prise inconditionnelle des traitements. Le risque de pression sur le malade est indéniable.

Qu’aurait-il fallu faire ?
Il aurait fallu interdire tout lien direct ou indirect entre l’industrie et le patient ! La loi a malheureusement ouvert une brèche, contrairement à ce que Bachelot nous vend, alors même que le refus de ce type de pratiques avait fait l’objet d’un consensus très large en 2006. On n’appelle plus ça « observance des traitements » mais « éducation thérapeutique » et le tour est joué !

On a beaucoup parlé des fameuses Agences Régionales de Santé (ARS). Qu’en est-il ?
Au sujet des ARS (structures visant à organiser l’offre de soin à l’échelon régional) il y avait un consensus autour de la volonté de mettre la décision au plus près du malade. Mais le clivage entre gauche et droite est dans l’encadrement des ARS. Nous voulions, à gauche, une Agence Nationale de Santé, au sein de laquelle la démocratie sanitaire aurait toute sa place, pour assurer l’égalité entre les territoires. Sous couvert de régionalisation de la santé, il y a malheureusement une reprise en main de l’État puisque ce sont les préfets qui vont chapeauter les ARS, et non une agence nationale. Quid de la démocratie sanitaire, quid de la démocratie sociale ? Les salariés vont continuer à financer la sécurité sociale, mais leurs représentants n’auront plus voix au chapitre…

Share Button

Par la Rédaction

Retrouvez tous ses articles

Réagir