Trois ans déjà

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Trois ans déjà, et cette photo. Quinze corps, alignés, enroulés dans des draps. Quinze corps de civils, dont l’un, au jugé, ne fait pas plus de 90 centimètres. Des victimes collatérales, disent les militaires du 3e bataillon de la première compagnie de marines, la compagnie Kilo, auteurs du massacre qui a ensanglanté Haditha en novembre, dans l’indifférence générale. Des meurtres de sang-froid commis par vengeance après qu’un caporal a été tué non loin de là par une bombe artisanale.

Plus le temps passe et plus l’Amérique s’embourbe dans son nouveau Vietnam, multipliant ces petits Mi-Lay au cours desquels hommes, femmes et enfants périssent de son courroux. Comment pourrait-il en aller autrement ? Comment des gamins de 18 à 20 ans, après trois ans de guerre dont ils ne voient pas la fin, naviguant entre la panique et le sentiment de supériorité, pourraient-ils ne pas massacrer, ne pas torturer ? Leurs victimes, les quelque 35 000 civils irakiens tués depuis mars 2003, mais aussi les 2 500 morts de la coalition, continuent de payer la volonté des États-Unis d’obtenir réparation pour le 11 septembre – et leur impuissance à le faire.

Impuissance aussi à faire de Zacarias Moussaoui la victime expiatoire des attentats de New York. Il devait mourir pour apaiser la peine des familles et la colère de l’Empire. Au lieu de cela, il va peut-être sauver sa peau, démontrant par la même occasion les défaillances du système judiciaire américain et de la Sécurité nationale, qui avait tous les éléments en main pour éviter la catastrophe et qui n’a pas su les exploiter. Démontrant surtout ce que les États-Unis ne veulent pas voir : qu’aucune expiation ne peut cacher leur propre fragilité.

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Par la Rédaction

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